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Jean-Jacques Galinier

Jean-Jacques Galinier

Expert en Energétique - Ecrivain - Conférencier et Fondateur de l'Ecole Fa Taiji - Maître Renommé de Taiji Quan "Ming Shi" 12ème Génération du style Chen de Taiji Quan, 6ème Génération dans le style Yang de Taiji Quan - Disciple du Maître Ding Dahong 11ème génération Chen et 5ème génération Yang


Taiji Quan & Qi Gong – Divergences et Convergences

Publié par Jean-Jacques Galinier sur 6 Novembre 2019, 13:26pm

Catégories : #Qi Gong, #TaichiMag, #Taiji Quan

Article paru dans la rubrique "Réflexions" du TaichiMag n°19

Me Ding Dahong et ses disciples Me Zhang Aizhen et Me Jean-Jacques Galinier

 

Quelle est la différence entre le Taiji Quan (Tai Chi Chuan) et le Qi Gong ? Cette question revient souvent chez les personnes qui désirent commencer une activité énergétique de santé mais qui hésitent entre ces deux disciplines chinoises. La réponse à donner n’est pas toujours aussi simple. Si nous représentons ces deux applications sous forme de champ d’application par deux ellipses, nous voyons que le champ du Taiji Quan inclut le Qi Gong mais que le Qi Gong n’inclut pas le Taiji Quan.

« Le Taiji Quan est un Qi Gong, le Qi Gong n’est pas du Taiji Quan »

 Cette phrase résume parfaitement ce que la tradition chinoise véhicule. Le Taiji Quan permet de faire un travail énergétique puissant et demande en outre d’acquérir des compétences martiales. Ce qui signifie d’obtenir un bon niveau énergétique pour être en mesure de solliciter le corps en vue de confrontations martiales. La popularisation du Taiji Quan et surtout son appauvrissement qualitatif dû à une recherche de développement à tout va, ont relégué le Taiji Quan à une unique discipline de bien-être et de santé. De ce point de vue, le Taiji Quan est devenu équivalent au Qi Gong. Le Qi Gong a également subi un appauvrissement de par son développement de masse. Il est certain qu’un Qi Gong traditionnel effectué dans un cadre alchimique et spirituel, demandant une grande implication pour atteindre les objectifs espérés, n’a rien à voir avec nos conditionnements « New Age », course au bien-être et au confort psychologique et physique.        

Les noms de ces arts énergétiques sont des termes génériques qui représentent des disciplines chinoises de santé pour la partie commune, et désignent un corpus immense de méthodes, de styles, de lignées, de savoir-faire, que l’on ne peut raisonnablement pas enfermer derrière des étiquettes marchandes, ce qui pourtant répondrait à la demande frénétique des occidentaux ayant tendance à matérialiser tout ce qu’ils entreprennent.

Donc, d’un point de vue philosophique il n’est pas possible de répondre de façon simpliste à cette question de différence entre ces deux génériques si ce n’est par la phrase précitée plus haut, « le Taiji Quan est un Qi Gong, le Qi Gong n’est pas le Taiji Quan ».

Nous pouvons aussi repartir des appellations qui les caractérisent et qui peuvent nous aider à y voir un peu plus clair.      

En ce qui concerne le nom Taiji Quan ou Tai Chi Chuan, il est composé de deux aspects qui recouvrent deux niveaux ou deux réalités.

  1. Taiji 太极 ou Tai Chi (voir le chapitre consacré au Taiji dans le livre « Taiji Quan, les fondements culturels », aux éditions Famedia du même auteur), désigne l’idée d’une suprême réalité unitaire incluant les deux forces antagonistes manifestées du côté de l’ombre-ubac ou Yin et de la lumière-adret ou Yang, ce qui est caché et ce qui est montré. A partir de ces racines Yin et Yang, de nombreuses extrapolations ont été rajoutées pour comprendre ces 2 forces qui constituent notre réalité. Le terme Taiji désigne le sommet d’une montagne ou « poutre faîtière » qui annule et réunit ses deux versants, dont l’un est éclairé par le soleil et l’autre demeure ombragé. Taiji désigne le Pôle Sommital comme était représenté le sommet des pyramides égyptiennes par une construction en or d’une nature imputrescible appelé « pyramidion ». Taiji est un pur concept qui abrite deux forces Yin et Yang constituant tout ce qui existe, naît et meurt dans le cosmos. C’est la relation entre ces forces qui génère des vibrations, lesquelles donnent accès selon nos capacités sensorielles à leurs manifestations dans notre champ de conscience (Physique Quantique).
  2. Quan désigne le « pugilat », le poing, l’art martial du pur concept Taiji qui indique par sa hauteur, l’harmonisation possible des forces antagonistes, duelles. Dans Quan ou Chuan, nous trouvons la partie pratique de la dualité de notre monde et ce n’est que dans le faire face aux forces en présence que le guerrier, animé au plus haut par l’idéal « Taiji », pourra vaincre sa propre dualité infernale (qui l’enferme). Sans cet idéal qui le guide dans sa quête, l’art martial n’a d’autre fin que la confrontation et le vouloir vaincre l’adversaire (ad-autre et versaire-versant) à tout prix, avec ou sans panache.

 

Taiji agit depuis le sommet ou le centre, comme un moyeu, moyen qui permet à ce concept idéel de devenir une fonction homéostasique cherchant à établir de justes proportions relationnelles au sein des forces en opposition, afin d’améliorer le fonctionnement par un vecteur synergique efficace. De là découlent des bienfaits indéniables et ressentis sur le plan énergétique, renforçant ainsi le terrain physiologique pour engrammer cellulairement une meilleure santé.  

Ainsi les conséquences sur l’augmentation ou/et le changement qualitatif du plan énergétique fluidique du pratiquant assidu paraît être une évidence. Les pratiquants qui y consacrent un certain nombre d’heures par semaine, voient et ressentent des effets considérables sur le plan de leur santé somatopsychologique.

Par analogie avec l’organisation possible d’une société, nous trouvons au plus haut dans l’ordre hiérarchique, les prêtres suivis des guerriers. Il y avait les Prêtres-Rois qui recevaient le mandat céleste, les Prêtres-Médecins (Shaman, Moines, Lamas…), de l’âme ou/et du corps, les Prêtres-Guerriers, les Nobles Guerriers. Or la discipline du Taiji Quan, par les valeurs qu’elle porte, pourrait à l’origine avoir été enclin à représenter ces rouages de la société. De ce point de vue-là, les écoles de Taiji Quan de la famille Yang et Wu notamment, se sont développées en Chine au sein de la noblesse avant de devenir discipline populaire.

 

意行气以气运神

Yi Xing Qi, Yi Qi Yun Shen

L’intention Yi fait bouger le Qi et c’est par le Qi que se meut la vitalité de l’esprit Shen  

Je rapporte ici cette phrase traditionnelle déjà évoquée dans le précédent numéro de Taichi Mag, car elle indique nettement que c’est l’intention, la pensée créatrice Yi qui déclenche les phénomènes énergétiques en leur allouant une direction chargée de sens et de vitalité. Par ce fait le Taiji Quan est une discipline de l’esprit avant celle du corps-énergie comme l’est le Yi Quan 意拳 par sa dénomination. Si le Yi est clair les mouvements du Qi seront fluides et ordonnés. La vitalité du Shen « esprit » ou psycho-mental s’en trouvera renforcée ce qui aura pour conséquence de renforcer l’énergie des reins Shen et du corps Shen .

Qi Gong 气功 se traduit bien souvent par « énergie vitale » Qi ou Chi, et « travail » Gong. Cette dénomination générique ne fait pas mention d’un plan idéel tel que Taiji mais seulement d’un aspect pratique qui gravite autour de la culture de l’énergie, la culture du Chi. Etymologiquement, le terme « travail » pourrait se rapporter à un mot hispanique médiéval « trabajar » qui exprimait une tension qui se dirige vers un but et qui rencontre une résistance. Dans l’acception chrétienne, le mot « travail » serait la conséquence du péché originel infligé à tous les chrétiens. Le fait de sous-entendre dans ce terme effectivement un aspect pénible constaté plutôt que jovial, semblerait provenir de cette source. Le « Travail » était divisé en deux voies dont l’une était le « Labor », labeur, la peine voire le châtiment et l’autre « l’Opus » désignant un ouvrage, une œuvre, le travail créatif, le travail naturel.

Le Qi Gong est intégré à la médecine traditionnelle chinoise (MTC). En Chine et notamment aux seins des institutions médicales, les exercices ou mouvements de Qi Gong sont utilisés à des fins thérapeutiques, comme complément aux soins apportés par tout le dispositif médical, la médicamentation allopathique de type occidentale, la phytothérapie traditionnelle ainsi que l’acupuncture et les massages.

En Chine, tous les outils thérapeutiques sont utilisés en synergie et non en concurrence comme il est souvent le cas en occident où l’ordre des médecins allopathiques règne de façon totalitaire sur l’ensemble des instances médicales à cause principalement de notre système de sécurité sociale. Les médecines alternatives sont seulement tolérées dans des conditions restrictives mais ne peuvent être ignorées de par l’intérêt grandissant qu’elles suscitent.

 

L’enseignement de ces disciplines

Vous pouvez retrouver le développement de l’enseignement du Qi Gong sur notre chaîne Youtube « Fa Taiji News » : « Formation Qi Gong & énergétique du 4 Avril 2018 »

1. Qi Gong

Un enseignant de Qi Gong se doit de connaître un ensemble de règles et de connaissances issues de la médecine traditionnelle chinoise. Le langage approprié se rapporte aux lois de circulation énergétique à travers les 12 méridiens périphériques et les 8 « merveilleux vaisseaux », aux 5 loges fonctionnelles couplés aux 5 agents Wu Xing 五行 souvent maladroitement nommés les 5 éléments. Il peut également connaître les processus alchimiques taoïstes, les règles de sublimation des différents niveaux énergétiques, le travail spécifique lié aux 3 Dantian 丹田 ou chaudrons alchimiques, les différentes respirations… Il devrait également avoir développé une structure énergétique posturale correcte Xing, non pas à des fins martiales mais tout simplement pour être l’expression de son niveau énergétique.

En ce qui concerne le Qi Gong, nous retrouvons 3 axes de travail synergiques, 3 types de régulation :

1 - Tiao Xing 调形: réguler les formes, la structure énergétique posturale

Il est fréquent de constater que de nombreux professeurs, animateurs de cours de Qi Gong ne sont pas assez exigeants quant à l’établissement d’une solide structure posturale qui se rejoue à travers chaque mouvement. L’accent commercial est porté sur le bien-être immédiat des pratiquants, ce qui n’engage personne mais agrémente favorablement les aspects financiers de chaque association. La facilité avec laquelle les apprenants suivent des cours sans efforts ou presque, conduit nécessairement à des adhésions massives pour cet art dit de bien-être qui n’exige pas grand-chose en retour. Nos sociétés modernes de consommations quantitatives induisent ce type de comportement, augmentant ainsi les « valeurs » d’assistanat, du moindre effort, des revendications que « la société » qui n’existe pas en dehors de l’idée que chacun s’en fait, doit tout donner à ses ouailles qui la nourrissent. Nous pouvons aussi rajouter à la liste le fait que suivre un cours de Qi Gong n’implique pas ou peu l’élève à mémoriser un enchaînement de mouvements complexes comme c’est le cas en Taiji Quan. Tout cela contribue certainement à l’essor que connaît cette discipline.

En Qi Gong il existe de nombreux mouvements que l’on peut utiliser de façon isolée ainsi qu’une pléiade d’enchaînements de plusieurs séquences regroupés sous une appellation. En Chine, certains enchaînements ont été retenus par une commission gouvernementale comme faisant partie du corpus officiel pour le Qi Gong. Au fil des ans, la liste des enchaînements de ce corpus augmente. Le besoin que nous avons d’étiqueter et de chosifier se voit ainsi comblé par l’acquisition d’un programme. Nous pouvons ainsi communiquer aux autres notre connaissance de tels ou tels « Qi Gong » qui peut être par ailleurs assez dénuée de sens et de sensations. Le plus important étant souvent pour l’humain de paraître plutôt que d’être. 

2 - Tiao Xi 调吸: réguler la respiration, les différents types de respiration

A travers les exercices respiratoires nous gardons en mémoire l’art de réceptionner les nouvelles énergies, l’énergie claire, et rejeter les énergies usées, l’énergie trouble. L’expression chinoise Tu Gu Na Xin 吐故纳新, simplifiée bien souvent en deux caractères Tu Na dont le premier se rapporte au rejet de l’obscur, de l’ancien et le second à l’acceptation, à la réception du clair, du neuf.

En ce qui concerne la respiration, qui est donnée dès notre naissance de façon automatique et naturelle grâce au système nerveux Orthosympathique, son centre névralgique se trouve au niveau du Plexus Solaire. Force est de constater que de nombreux pratiquants rencontrent des difficultés à respirer profondément et correctement par le ventre notamment. Dès que l’attention est portée sur le comment respirer, le mental/ego génère des peurs, du stress qui entravent la qualité et la quantité de flux d’air dans les poumons. Même si la respiration ventrale s’installe d’elle-même naturellement au moment où l’on s’allonge pour aller dormir, celle-ci doit être enseignée correctement en tant que base de la pratique respiratoire.

3 - Tiao Xin 调心 / Shen : réguler le cœur

Le cœur représente l’émotionnel, le psycho-mental, l’esprit pris dans son sens commun et non métaphysique. Le facteur émotionnel et mental est l’aspect le plus délicat et essentiel à aborder. Comme il s’agit du jardin secret de la personne, cette régulation n’apparaît qu’en troisième position pour être induit indirectement par les deux premières régulations. En vérité il s’agit du développement spirituel de la « personne », sa capacité à imaginer, induire, mobiliser les forces qui vont être roboratives pour sa santé physique et mentale.

 

 

2. Taiji Quan

Un(e) enseignant(e) de Taiji Quan se devrait de connaître a minima certains éléments de la médecine traditionnelle chinoise, certains préceptes de l’alchimie taoïste Nei Dan 内丹, l’histoire simplifiée des différents courants ou écoles traditionnelles, les applications martiales des formes qu’il ou elle enseigne, du travail à deux comme les « poussées de mains » appelées Tui Shou推手, le travail des armes... En Taiji Quan, il est inconcevable de présenter une structure posturale non efficiente sur le plan de l’enracinement, de la stabilité qui s’éprouve avec un partenaire.

Le relâchement dynamique Fang Song 放松est le socle commun au Qi Gong et au Taiji Quan, mais pour le Taiji Quan, la fluidité gestuelle ne doit pas effacer la puissance des connexions jusqu’à la réalisation du corps intégral Zheng Ti 整体. Comme pour le Qi Gong, les gestes peuvent être creux, vides de sens, non connectés à l’ensemble. Chaque partie se retrouve dissociée et ne peut ainsi servir le Yi ou l’intention initiale. La force de vie génératrice d’un ensemble cohérent et unifié, s’exprime dans la notion de Peng Jin 掤劲ou force de soutien fondamental, force d’expansion, de développement des forces de construction et d’élévation. Cette force Peng Jin est difficile à réaliser, c’est un état de relâchement et de confiance tel, que l’efficacité semble découler d’une absence de force.

Le Taiji Quan est avant tout un art martial de la famille « interne » ce qui ne veut pas dire qu’il échappe aux exigences demandées pour une pratique martiale. Son appauvrissement dû à l’essor populaire qu’il a connu depuis le début du 20ème siècle, l’a relégué à une sorte de « Qi Gong new âge ». Le maître Taïwanais Zheng Manqing (1902-1975), bien que disciple, pendant une courte période de 5 ans environ, du maître Yang Chengfu, célèbre pour avoir codifié le style de la famille Yang de Taiji Quan, a contribué largement à répandre aux Etats Unis où il a émigré en 1964, un Taiji Quan pour « hippie » sans toutefois dénigrer les bienfaits de ce mouvement utopique qui essayait au moins de s’extraire du matérialisme outrancier de l’occident.

  

En conclusion

            L’apprentissage du Qi Gong tel qu’il est enseigné de façon populaire, est plus accessible à tout un chacun quel que soit son âge et sa condition physique. La coordination des mouvements en Qi Gong est relativement simple, ce qui explique que des personnes n’ayant pas vraiment intégré leur propre schéma corporel, dû bien souvent à un manque de pratique sportive, sont plus  attirés par cette discipline énergétique que par le Taiji Quan. Nous pouvons constater cela au sein de nombreuses associations qui proposent un apprentissage traditionnel du Taiji Quan et du Qi Gong. La plupart des enchaînements en Qi Gong sont composés de 12 mouvements facilement mémorisables. Les élèves suivent bien souvent un leader ou le professeur, évitant ainsi de se prendre en charge et de faire l’effort de mémorisation et d’intégration des vertus profondes que proposent ces exercices.

            L’apprentissage de la gestuelle du Taiji Quan d’essence martiale, requiert une exigence de coordination et de connexion nettement supérieure à l’exigence rencontrée dans les cours de Qi Gong. Un bon pratiquant de Taiji Quan fera un bon pratiquant de Qi Gong mais l’inverse se rencontre plus rarement. Le Taiji Quan propose une approche à travers 6 écoles traditionnelles ou familles telles que Chen , Yang , Wu , Wu (Hao), Sun , He (Zhaobao 赵堡) auxquelles nous pourrions ajouter la famille Li . Quant au Taiji Quan de Wudang 武当, il n’est pas considéré en Chine comme faisant partie des écoles traditionnelles. Chaque style est composé d’une myriade de nuances plus ou moins subtiles et l’apprentissage traditionnel est rigoureux dans l’acquisition des principes du Taiji, du Yin et du Yang.

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